Un présumé génocidaire extradé de Norvège à Kigali : “Kripos m’a trahi”, clame-t-il
Fulgence Niyonagize
Ce jeudi, les autorités judiciaires rwandaises ont officiellement réceptionné François Gasana, également connu sous le nom de Franky DUSABE, extradé de Norvège pour répondre de crimes présumés liés au génocide perpétré contre les Tutsis en 1994.
Sur le tarmac de l’aéroport international de Kigali, sous haute surveillance, l’homme est apparu menotté, escorté par deux policiers lourdement armés. Il portait un T-shirt noir au message provocateur inscrit en norvégien : « Kripos sviktet meg », soit « Kripos m’a trahi ». Ce slogan vise directement l’unité norvégienne de lutte contre le crime organisé (Kripos), manifestement accusée par le suspect de l’avoir “abandonné” après des années de procédures judiciaires.
Selon le communiqué officiel publié le même jour par le Parquet Général du Rwanda, François Gasana avait été condamné en 2007 par le Tribunal Gacaca de Nyange à 19 ans de prison pour son implication active dans le génocide. Né en 1972 à Bitabage, cellule Ndaro, district de Ngororero dans la province de l’Ouest, il était alors étudiant et résidait dans la même région.
Les autorités rwandaises accusent Gasana d’avoir participé à des attaques visant la population tutsie. Les détails précis des charges, s’ils restent à confirmer devant les juridictions nationales, concernent notamment des actes de violence et de collaboration avec les structures génocidaires locales.
Après plusieurs années passées en Norvège, François Gasana a été appréhendé à Oslo en octobre 2022. Il était alors âgé d’environ 50 ans et avait déjà fait l’objet d’un mandat d’arrêt international pour son rôle présumé dans le génocide.
Son arrestation en Norvège est intervenue suite à une demande formelle d’extradition émanant du gouvernement rwandais. La police criminelle norvégienne (Kripos) a précisé avoir réalisé plusieurs investigations préalables avant d’exécuter l’arrestation.
Son extradition est le fruit d’une coopération judiciaire étroite entre Kigali et Oslo, inscrite dans les engagements internationaux visant à combattre l’impunité des auteurs présumés de crimes contre l’humanité.
Dans sa déclaration officielle, le Parquet Général du Rwanda a salué la collaboration des autorités norvégiennes, rappelant que cet acte s’inscrit dans l’effort mondial de lutte contre l’impunité.
Le message affiché sur son T-shirt laisse entrevoir une stratégie de défense centrée sur la contestation de la procédure et le sentiment de trahison par les autorités norvégiennes. Il sera prochainement présenté aux juges rwandais.
Ce transfert relance la question plus large du suivi judiciaire des présumés génocidaires vivant à l’étranger. Selon des observateurs, l’affaire Gasana pourrait faire jurisprudence et renforcer la coopération internationale en matière de poursuites pénales pour le génocide des Tutsis.

